Quand on a une reine qui coordonne chapeau et manteau dans des couleurs pareilles, faut pas s'étonner après que ses sujets fassent n'importe quoi. Apple never falls far from the tree, si vous voyez ce que je veux dire... NOGO retrace 4 styles majeurs de la Youth culture : plus brit, y'a pas. Isabelle Bonnet et GossipBoy
LE CASUAL
Qui qu'a dit que le hooligan était l'homme moderne ? En 1314, Edward II interdisait déjà le foot, pas très chaud à l'idée que les débordements lors des matchs ne conduisent ses sujets à la rébellion !
Sept siècles plus tard, au début des années 80, l'english disease, comme ils l'appellent là-bas, est à son apogée. Le drame du Heysel n'a pas encore eu lieu et ça cogne sévère dans tous les stades.
Le hooligan, à qui l'on prête à tort une cervelle de moineau, comprend très vite qu'il a moins de chance de se faire repérer par la police et les supporters rivaux en Burberry qu'avec son attirail skinhead. Le Casual est né. Dorénavant, il va se bastonner en Pringle, Stone Island, Lacoste, Adidas ou Diadora. Les Casuals deviennent de vraies fashionistas. La mode change très vite, les "in" sont "out" en une semaine. Certaines marques sont tellement prisées, que leur image devient synonyme de hooligan, violence et racisme. Pour Stone Island, par exemple, l'association est irréversible.
Comme toujours au Royaume-Uni, la musique n'est jamais bien loin et le Casual est associé au début des années 90 à la scène musicale de Manchester et son nightclub mythique l'Hacienda, mais aussi à la Britpop, autrement dit Blur, Oasis, Supergrass...
Au cours de cette décennie, l'importance donné au style change légèrement et beaucoup de supporters adoptent le look Casual comme une sorte d'uniforme. Aquascutum, Barbour, Lacoste, Ralph lauren ou Prada envahissent les clubs et les stades. Le Casual atteint son pic de popularité dans les années 2000, grâce notamment aux clips vidéo des Streets ou des Mitchell Brothers.
Et aujourd'hui alors ? Ça tabasse moins et nos casuals, bien que fidèles à quelques marques, ont remballé leur panoplie de sappeurs pour des labels de créateurs plus confidentiels. Le hooligan est dans la hype.
LE NEW ROMANTICISM
Il était une fois un nightclub du nom de Billy's. Une petite salle de Soho où les tombeurs de pintes croisent parfois David Bowie et Roxy Music. Billy's devient tellement populaire que les proprios sont obligés de déménager. Le nouveau club s'appelle "The Blitz". Nous sommes en 1979 et déjà le punk est moribond.
Mais ça pousse derrière. Depuis deux ans, une nouvelle tendance pointe le bout de son nez. Moins contestataire, plus expérimentale, elle est initiée par des groupes comme Japan ou Siouxsie and the Banshees, elle fond dans un même accord la musique et le look. Son nom : le New Romanticism... C'est la bande du Blitz qui le lance défitinivement en définissant ses codes : un style androgyne, théatral et très maquillé, à l'image des deux stars du lieu, Steve Strange, chanteur du groupe Visage et Rusty Egan, batteur new wave de The Rich Kids. À l'austérité et au pessimisme du punk, ils opposent un style artificiel revendiqué, du romantisme mâtiné de kabuki, de science fiction et d'âge d'or hollywoodien, la coque ou la banane sont de rigueur. Il faut être flamboyant, sophistiqué et surtout, se faire remarquer pour espérer danser sous la photo de la cathédrale St Paul en feu datant du blitzkrieg. Le dress code pour pénétrer dans la boite est draconien, à tel point que Steve Grange refuse l'entrée à un certain Mick Jagger, débraillé en baskets et casquette de baseball... Les Blitz Kids s'appellent Boy George, Princess Julia, les Spandau Ballet, Stephen Jones, le travestie Marilyn. Créateurs de mode, designers, photographes, journalistes, étudiants de la St Martins pas loin, tout le Londres créatif se presse au Blitz. Les tout jeunes Face et I-D font régulièrement des papiers sur leurs soirées.
Le son ? il est synthétique et électronique, influencé par Kraftwerk ou Brian Eno. Les groupes emblématiques de cette mini révolution sont Visage, Culture Club, Adam and the Ants, Ultravox, Duran Duran, Japan et Spandau Ballet. Le clip video de David Bowie "Ashes to Ashes", où figurent quatre membres des Blitz Kids, devient un véritable manifeste esthétique du New Romanticism.
Le succès quasi planétaire de leur musique sort le mouvement de l'underground et leur influence sur la pop anglaise s'étend jusqu'à la fin des années 80, longtemps après que les Blitz Kids aient fermé boutique. Proche de la new wave et emblématique de l'Angleterre des années Thatcher, le New Romanticism revit encore parfois dans des soirées nostalgiques de certains clubs londoniens.
LA NORTHERN SOUL
Au commencement étaient les Mods. Le terme vient de "modernist" qui désigne au départ les musiciens de jazz et leurs fans. Il s'étend peu à peu à un groupe de jeunes dandys, en général issus de la classe ouvrière, totalement obsédé par l'élégance et la sophistication de leur look avec un mélange de cool attitude inspirée de la Beat Generation. Ils ne jurent que par la mode italienne et française et détournent aussi l'attirail sportif des étudiants WASP des grandes universités américaines. Le sportwear ? Ce sont eux. le Lévi's 501 porté avec un blazer ? Eux encore. Les clarks, doc Martens, mocassins ? Eux toujours. Des marques comme Ben Sherman, le G9 de Barracuta (Harrington, si vous préférez) et Fred Perry sont indissociables du mouvement Mods. Le polo de ce dernier fut pris en exemple par la presse anglaise pour illustrer la prole drift (en gros : dérive prolétaire !), à savoir l'appropriation d'un attribut de la caste huppée par une classe sociale inférieure.
Autres accessoires indispensables aux Mods : la parka et le scooter. La première pour protéger le costume italien, le deuxième, une Vespa ou un Lambretta, est customisé à mort. Leur emblème : l'Union Jack et le logo de la Royal Air Force. Le Mod est un clubber invétéré et passe ses nuits à danser sur la Soul de Motown, la British Beat, le Ska et le R&B.
Nous sommes à la fin des années 60, le rock psychédélique se pointe, la Motown passe de mode et même les Who ne sont plus ce qu'ils étaient. Une partie des Mods va virer skinheads et une autre... va faire de la résistance, en particulier dans le nord de l'Angleterre. On doit le terme de Northern Soul au journaliste Dave Godin et leur emblème est le poing levé de Tommie Smith et John Carlos aux J.O de 68 à Mexico.
Le look reste le même avec quelques petits plus : la chemise ou le sac de bowling, les insignes de Soul Club qu'on coud partout, même sur son polo Fred Perry. Dans les années 70, la danse se fait de plus en plus athlétique et le tandem pantalon cigarette-blazer est abandonné au profit du Baggy Oxford (pantalon large à taille haute des années 1925) et de la veste de sport, plus confortables pour danser toute la nuit. Car c'est de ça dont il s'agit ici : fidèles à la Soul des noirs américains, avec une prédilection pour les morceaux rares ou passés inaperçus, ils dansent des nuits entières, allnighters en anglais et se bourrent d'amphétamines. Les Clubs mythiques de la Nothern Soul sont le Twisted Wheel (Manchester), le The Blackpool Mecca (Blackpool), le Torch (Stoke-on-Trent) et le Wigan Casino (Wigan).
On pourrait croire que l'avènement du punk et la fermeture en 1980 du dernier club (le Wigan), enterrerait définitivement la Northern Soul... Que nenni ! Elle enfantera l'Acid Jazz, les Dexys Midnight Runners lui rendront hommage (dexy est le nom de l'amphétamine de l'époque) et son retour est régulier dans les charts anglais. La Northern Soul est à l'Angleterre ce que le camembert est à la France. On peut dire ça comme ça...
LES TEDDY BOY
1953 à Londres : le Daily Express donne le nom de Teddy Boys à cette jeunesse étrangement affublée de redingote edwardienne, de creepers, de bolo tie, les cheveux en banane. Cette mode a commencé trois ans plus tôt et c'est la 1ère fois qu'un groupe de jeunes se différencie par leur tenue vestimentaire. Des jeunes issus de la classe ouvrière qui s'amusent à piquer les codes de la classe dirigeante, quitte à s'endetter pour de longs mois chez les tailleurs de Saville Row. Leurs revendications sont uniquement esthétiques, ils veulent s'habiller avec un soin extrême tous les jours de la semaine.
Très souvent associé à des gangs et des affrontements ultra violents (Notting Hill en 1958) le Teddy Boy se répand comme la gomina sur les cheveux dans l'Angleterre d'après-guerre.
Et la musique dans tout ça ? Bien que les Ted's soient liés au rock'n'roll, celui-ci n'a pas encore débarqué sur les côtes anglaises au début des années 50. C'est donc sur le jazz et le skiffle qu'ils se déhanchent, en particulier sur une danse appelée the Creep, qui leur donnera le surnom de Creepers.
1956 : le film Blackboard Jungle marque un tournant dans l'histoire des Ted's. Sa bande originale signe l'avènement du rock'n'roll avec, entre autres, le fameux Rock Around the Clock de Bill Haley & His Comets. L'histoire est celle d'un prof en prise avec une bande d'élèves clairement anti-sociaux. Le film passe dans le sud de Londres et les Ted's ravagent les sièges en dansant partout dans la salle. Le scénario se reproduira au quatre coins de l'Angleterre à chaque passage du film.
Après un revival dans les années 70, où Vivienne Westwood et Malcolm McLaren le remettent au goût du jour façon Glam'rock dans leur boutique de King's Road, le mouvement perdurent aujourd'hui, plus dans l'esprit des années 50 et de l'inimitable Drape Jacket. Rock is not dead.